LES COMPULSIONS ALIMENTAIRES : D’OU ÇA VIENT ET COMMENT GÉRER ?

LES COMPULSIONS ALIMENTAIRES : D’OU ÇA VIENT ET COMMENT GÉRER ?

Pourquoi les envies de manger sont plus fortes que nous ?

Quand on parle de rééquilibrage alimentaire, ou de nourriture en général, on en vient rapidement à parler de compulsions alimentaires. De nourriture mangée sous le coup de la tristesse, de la solitude, du stress.

Tu as beau te dire que la prochaine fois on ne t’y reprendra plus. Tu retombes dedans en 2 secondes.

Comment ça se fait qu’il y a une telle différence dans notre cerveau ?
Entre le matin où tu te dis “ce soir je me contrôle, pas de sucre!”. Et le soir où tu craques sur un bol de céréales en rentrant du taff, pour oublier ta journée stressante ou inintéressante.

  • Un problème de frustration ? Evidemment les régimes ont une énorme part de responsabilité.
    Si tu te dis : “le chocolat, j’arrête”. Forcément tu va mourir d’envie de manger du chocolat. Encore plus.

Mais c’est pas tout.

Parfois le weekend je suis avec mon mec, on se fait plaisir, au resto ou à la maison.
Un brunch, un goûter. Je kiffe, je ne me prive pas.

Et pourtant, il repart de chez moi le dimanche et j’ai qu’une envie : manger des bols de céréales et du chocolat en tablettes.
Qué frustration ? Meuf, si même quand tu te fais plaiz t’es frustrée, je sais plus quoi faire moi.

  • Un problème de volonté ? Je sais pas, mais en tout cas c’est le sentiment qui revient systématiquement. Tu te dis que t’es nulle, que t’es incapable de te tenir parole.
  • Un problème de mal être ? Peut-être. Mais j’ai pas vraiment de quoi me plaindre, j’suis pas non plus malheureuse dans ma vie.

En lisant Zermati et d’autres sources parlant du rééquilibrage alimentaire, la notion d’envie de manger émotionnelle revient souvent.

Ca veut dire que certaines émotions que tu ressens déclenchent une envie de manger. Ca peut être un gros chagrin ou une déception.
Mais plus souvent ce sont des petites émotions. Genre t’as besoin d’une récompense après une grosse journée ou un devoir terminé.

Comme ces émotions sont habituelles, tu n’y fais pas attention, elles font partie de toi.
Pourtant, on va voir qu’elles ont un rôle essentiel dans tes prises de décision.

On va d’abord essayer de comprendre comment fonctionne le cerveau. Quels systèmes sont responsables de la gestion de ces émotions ? Ensuite, on va essayer de mesurer l’impact de ces émotions sur notre vie quotidienne. Et comprendre pourquoi les techniques de méditation ou de prise de recul sont si importantes.
Enfin, je vais essayer de te donner quelques conseils pour reprendre confiance et mieux gérer tes compulsions alimentaires.

COMMENT ÇA MARCHE ?

Dan Ariely est Professeur en Psychologie et Comportements Économiques à l’Université de Duke.

Il raconte que c’est en utilisant son savoir qu’il a réussi à convaincre sa femme de l’épouser (alors que c’était pas gagné). A ce moment là, il réalise que si comprendre le fonctionnement de la prise de décision lui a permis de réaliser cet exploit, ça pourrait aider n’importe qui.
C’est pour ça qu’aujourd’hui, il consacre la majeure partie de son temps à aider les gens à mieux comprendre les comportements humains. Savoir comment on fonctionne, et s’en servir pour améliorer sa vie.

Il explique que nos émotions ont un impact significatif dans nos décisions de la vie quotidienne.
Il y a 2 parties dans notre cerveau qui nous permettent de prendre des décisions : le système cartésien et le système limbique.

  • Le système cartésien va décider logiquement grâce à des données rationnelles.
  • Le système limbique est notre cerveau émotionnel. Il va analyser et prendre des décisions en fonction du contexte et de nos émotions. Ces émotions permettent d’ajuster la décision prise par le système cartésien, en fonction de la situation.

Par exemple.
Il est 12h et tu n’as pas faim. Donc ton système cartésien te dit de ne pas manger.
Sauf que ce qu’il sait pas c’est qu’après, tu n’auras pas le temps de manger avant 15h. C’est sur que tu vas crever de faim d’ici là.
Et ça. Ton système limbique le sait. Parce que tes émotions lui ont soufflé à l’oreille.

Quelle émotion ? La peur.
La peur de crever la dalle jusqu’à 15h.

C’est là que ton système limbique intervient : la peur d’avoir faim déclenche la décision d’aller manger tout de suite. Même si t’as pas faim.

A chaque prise de décision, le système limbique apprend de son expérience. La prochaine fois qu’il devra décider dans une situation similaire, il saura mieux faire.
Le problème en cédant à la peur, c’est que t’as pas donné l’occasion à ton cerveau limbique d’apprendre.

Pour apprendre, il faudrait essayer quelque chose de nouveau. Ne pas manger et attendre 15h. Pour te rendre compte que:

  1. tu n’es pas morte de faim en fait
  2. et ton bidou apprécie mieux le repas

2 informations que ton cerveau limbique aurait retenu pour les prochaines fois.

Attention. Parce que ton système limbique peut aussi mal apprendre.

Par exemple si tu manges à chaque fois que t’es contrariée. Tu vas ressentir du plaisir sur le moment. Ton système limbique va prendre ça pour une expérience positive. Alors il va recommencer. Quand tu seras contrariée, mais aussi quand tu te sentiras seule, quand tu t’ennuieras, etc.
> Manger sera le mécanisme de réaction officiel face à tes émotions, quelles qu’elles soient.

LA PUISSANCE DES ÉMOTIONS

Ok le système limbique interfère dans nos prises de décision. Mais à quel point ?
Des expériences ont été faites pour étudier le rôle des émotions dans notre prise de décision.

Expérience 1 :
Des hommes “à froid” ont répondu à la question suivante : “Si vous étiez en état d’excitation, jusqu’où iriez-vous pour avoir un rapport sexuel ?”

On leur propose différentes situations :
– “vous seriez prêt à faire telle pratique sexuelle ?”
– “vous seriez prêt à avoir un rapport sans être protégé?”
– “vous pourriez dire je t’aime alors que vous ne le pensez pas juste pour coucher?”
– “vous seriez prêt à forcer une femme ? à la droguer ?”

Evidemment, tous disent : “non, impossible”.

Quelques jours plus tard, ces mêmes hommes ont répondu aux mêmes questions.
Mais cette fois-ci, ils étaient réellement en état d’excitation.

Le résultat est flippant. Toutes les situations proposées leur paraissaient excitantes cette fois ci. Elles ne les repoussaient plus du tout.
Leur état d’excitation a pris toute la place, et leur réflexion sensée a disparu.

Expérience 2 :
Des gens dans la rue ont été interrogés par une association qui lutte contre la soif dans le monde. Ils leur ont demandé : “Quelle somme d’argent souhaitez-vous donner pour notre cause ?”

L’écrasante majorité des gens part sans donner un centime.

Ensuite, les membres de l’association ont interrogé des gens à la sortie d’une salle de sport. Ces personnes n’avaient pas eu accès à l’eau pendant leur séance. Ils étaient donc assoiffés.
Et le résultat est surprenant. Ces gens là donnent de l’argent beaucoup plus facilement pour la cause de l’association.
Le plus drôle. C’est que la même étude a été faite en changeant la cause de l’association par “la faim dans le monde” (au lieu de la soif).
Cette fois-ci, aucune différence. Les gens assoiffés ne donnent pas plus d’argent que les gens dans la rue.

Tout ça pour dire qu’il ne suffit pas de s’imaginer dans une situation pour savoir comment on va réagir réellement. Il faut la vivre.

Quand tu dois prendre une décision, la partie limbique de ton cerveau passe au-dessus de la partie cartésienne.
C’est pas juste qu’elle s’ajoute.
Non, elle prend la première place. C’est elle qui décide.

La meilleure façon d’anticiper ta réaction à une situation est de la vivre.
Et pendant que tu vis cette situation, il faut prêter attention à tes émotions et à tes réactions. Puis apprendre de tes erreurs. Parce que ton système limbique sait apprendre et améliorer tes réactions.

Le plus dur est encore de faire l’effort d’analyser tes réactions.
Et de faire le lien avec les émotions qui les ont déclenchées.

Aussi, il faut bien avoir en tête que ces émotions sont éphémères.
Même si parfois t’as l’impression qu’elles durent mille ans.

Dans une expérience, des professeurs qui passaient un examen final ont été interrogés.
Ils ont tous dit que s’ils réussissaient leur examen, leur plaisir serait intense et durable.
Et qu’au contraire s’ils échouaient, ils se sentiraient nuls pendant très longtemps.

Au final, cette expérience a montré que les ces professeurs revennaient à leur humeur et émotions habituelles très rapidement.
Qu’ils aient échoué ou réussi leur examen. L’excitation ou la déception retombe en quelques jours à peine.

Tu te souviens la dernière fois que tu t’es mise en colère ?
Quand t’as l’impression qu’il n’y a aucune issue possible. Que tu ressentiras toujours de la colère 10 ans après. En général, ces sentiments passent au bout de quelques jours.

D’où l’importance de la prise de recul. Quand tu auras l’impression de ressentir une envie très forte de manger, penses-y. Rappelle-toi que cette intensité n’est qu’illusion et qu’il y a de fortes chances pour qu’elle disparaisse dans quelques minutes.

LES COMPULSIONS ALIMENTAIRES : COMMENT ON GÈRE ?

Le but de ces études n’est pas juste de connaître le fonctionnement de ton cerveau. C’est d’en tirer parti. Par exemple dans ton rapport à la nourriture, et plus précisément quand tu as des compulsions alimentaires.

Etapes :

  1. Identifie les situations où tu as des envies de manger qui semblent irrationnelles.
    Ex : le soir en rentrant du boulot quand t’as eu une grosse journée. Le weekend quand tu te sens seule.
  2. Demande-toi ce que tu ressens à ce moment-là. Ca peut être n’importe quel type d’émotion. Solitude, stress, peur, joie, délivrance.
    Au début je pensais qu’il s’agissait uniquement d’émotions négatives, mais en fait pas du tout. Ca peut même être des émotions positives, ou anodines.
    → ce n’est pas toujours facile de déterminer ses émotions. Ca peut prendre du temps, c’est normal. Le mieux dans ce cas est de pratiquer la pleine conscience régulièrement. Dans ces moments précis, mais pas que. C’est le meilleur moyen pour se concentrer sur soi-même, sur ce que tu ressens.
  3. Demande-toi ce dont tu aurais besoin à ce moment-là pour revenir à un état “stable”. Il faut que ce soit une ou des actions faciles à faire, pas des trucs galères.
    Exemple : pour quelqu’un qui est persuadé qu’il ne sera pas excité en allant une soirée. Prendre l’habitude de mettre un préservatif dans sa poche pour se protéger au cas où.
    Dans mon cas, je décide de trouver des activités qui me font oublier ma solitude. Sortir me balader dans un endroit où il y a du monde (les magasins, la cure de tous mes problèmes :P). Ou appeler une copine. Moins cher.
  4. Une fois que tu as réfléchi à tout ça, il s’agit de reconnaître quand l’envie irrationnelle pointe le bout de son nez. Analyser l’émotion qui est liée. Et appliquer les actions définies au point précédent. Autant que possible.
    Prendre du recul, savoir que tout va rentrer dans l’ordre dans quelques minutes.

CONCLUSION

Grâce à ces études, on comprend mieux pourquoi c’est nécessaire d’accorder de l’importance à ses émotions. Zermati en parle beaucoup dans ses livres et sa méthode. Mais c’est pas toujours facile de déterminer ses émotions sur le moment. Et on a toujours l’impression d’être faible de ressentir ces émotions. On se dire qu’on est la seule à être comme ça.

Ces études permettent de réaliser que tout le monde fonctionne comme ça.

C’est juste que nous, on réagit à ces émotions en mangeant. On mange quand on ressent certaines émotions, alors que pour d’autres gens ça va se manifester autrement. Par exemple par un manque de contrôle au moindre imprévu. Ou ils vont être pris de panique et tout abandonner dès la première difficulté, etc.

On a tous notre façon de gérer nos émotions, l’essentiel est de savoir les identifier et les anticiper pour améliorer nos réactions.

 

J’espère que le fait de comprendre que les compulsions alimentaires sont “juste” ta façon à toi de gérer tes émotions t’aidera à mieux les accepter. Les accepter pour pouvoir les comprendre et vivre au mieux avec elles.

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